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Pratiques favorables au climat à la Ferme de Baumugnes dans les Hautes-Alpes

Visite de ferme du 20 mai avec Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur

Le 20 mai dernier à Saint-Julien-en-Beauchêne dans les Hautes-Alpes, Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur organisait la deuxième visite de son cycle de visites de fermes aux pratiques favorables au climat. C’est sous un temps pluvieux que s’est déroulée celle de la Ferme de Baumugnes. Ainsi les échanges se sont faits dans la fromagerie et le bâtiment d’élevage, principaux sujets de la visite. Didier Jammes, responsable du pôle Agroenvironnement Énergie Climat à Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a débuté par une présentation du projet de visites de fermes, avec une introduction sur les changements climatiques, la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, puis a parlé de l’inter-réseau IRAEE ainsi que du pôle Agroenvironnement Energie Climat de Bio de PACA.

Résumé des chiffres évoqués concernant la Ferme de Baumugnes :

  • Entre 2010 et 2018, la ferme a réussi a diminué de moitié sa consommation d’énergie électrique.
  • Une augmentation du chiffre d’affaires a été permise par 2 facteurs :
    • une augmentation de la production laitière d’environ 10 000 litres de lait supplémentaires vendus à Biolat (nouveau circuit de commercialisation);
    • une augmentation des aides PAC du fait de la constitution d’un GAEC entre Baptiste et Cécile (passage pour Cécile de conjointe d’exploitant à associée d’exploitation).
  • À cause des dégradations causées par les sangliers sur les surfaces en orge, le GAEC a dû racheter des céréales, du coup l’autonomie alimentaire du troupeau n’a pas pu être atteinte en 2018. La production des surfaces fourragères pourrait aussi très nettement augmentée si les troupeaux d’herbivores sauvages (biches) ne venaient pas régulièrement brouter dans les prairies. Le rendement potentiel des prairies est facilement de 6 tonnes par an alors que la production actuelle est bloquée à environ 3,5 t. À ce sujet, Baptiste et Cécile éprouvent le besoin d’une régulation plus ferme du gibier.
  • Les émissions de GES ont augmenté entre 2010 et 2018, du fait de l’augmentation du nombre de vaches laitières, mais le ratio téqCO2/L de lait est resté stable.

 

A propos de la commercialisation du lait

Il faut environ 10 litres de lait pour produire 1 kg de tomme. Baptiste et Cécile observent qu’en parallèle de leur vente en direct, il y a de plus en plus d’opportunités locales pour la vente de leurs produits, notamment dans un magasin de producteurs « Mon Paysan Alpin » à Veynes. De ce fait ils ont arrêté la livraison dans les 4 Biocoop du bassin gapençais. Grâce à cette réorientation des circuits de commercialisation, les consommations de gasoil pour la commercialisation des produits ont été fortement réduites. Etre isolés de la route ne les avantage pas, c’est pourquoi ils misent sur la vente en magasin de producteurs pour valoriser leurs produits.

Charles Mongeon, thermicien, a émis l’idée de créer des plateformes logistiques alpines allant de Gap jusqu’à Genève pour favoriser la commercialisation.

Les bâtiments, vers de l’auto-construction ?

Laurence Mundler a lancé la discussion par les deux possibilités de construction pour un agriculteur : l’auto-construction ou l’appel à une entreprise, spécifiant que les deux ne mènent pas au même résultat. En effet, l’auto-construction implique de devoir réduire l’activité agricole à cause du temps de travail adonné à la construction ainsi que l’implication financière dans ce projet. Baptiste a parlé d’une période où ils partageaient leur fromagerie, prêt qui s’avère compliqué mais favorise l’entraide entre éleveur lorsque l’un d’eux est en cours d’installation ou création de projet de construction.

Par rapport à la fromagerie, Charles Mongeon explique la baisse de consommation d’énergie par la double ventilation, permettant un contrôle du taux d’humidité. Actuellement les locaux sont sur un système simple flux. Passer en double flux est une amélioration envisagée par le GAEC pour encore améliorer la performance du bâtiment. Le verre recyclé de l’industrie automobile (utilisé pour l’isolation de la cave) permet de s’affranchir du niveau d’hygrométrie tout en garantissant une inertie thermique importante. Ce matériau permet de maintenir la température de la cave quasiment constante. Des montées de température excessive dans la cave (parfois jusqu’à 18°C en été) pourrait être réduite par un système de ventilation double flux. Les galets au sol dans la cave restent à même température toute l’année, avec quelques remontées lors des fortes chaleurs. Ils jouent un rôle fondamental, associé à la forte isolation et inertie du local, pour le maintien d’une température constante. L’ensemble du bâtiment de transformation (fromagerie, local de vente…) est conçu avec une isolation en ouate de cellulose et des panneaux en fibre de bois. Le sol est sur pilotis isolés avec ouate de cellulose. Il souligne qu’il s’agit, selon lui, d’un des bâtiments de la région les plus performants en fromagerie.

La visite s’est poursuivie par le bâtiment d’élevage, Le charpentier qui était sur le projet, Patrick Noblet, avoue que cette construction fût un réel défi, d’une part pour caller les fondations (rocher d’un côté et remblais de l’autre et d’autre part pour accueillir la griffe à foin et dimensionner la partie stockage de fourrage pour le projet de séchage en grange (le bâtiment mesure 20 m de haut en ossature et bardage bois). De plus, la zone étant classée comme sismique et à risque de gonflement d’argile, une expertise a été réalisée. Du coup les normes exigent des fondations en béton antisismique. Un ferraillage spécial local humide a dû être mis en place.

L’investissement se montait à l’époque à 90 000 euros subventionnés à 40% par la Région PACA dans le cadre d’un programme intitulé AGIR (Action Globale Innovante pour la Région – Vers 100 exploitations et coopératives exemplaires)..Baptiste a précisé vouloir travailler le plus localement possible, le bois de construction Douglas provenant par exemple du Beaujolais. Dans le bâtiment d’élevage, Baptiste a fait la remarque qu’il n’y avait pas assez d’ouverture plein Sud. Encore un détail à prendre en compte par d’autres éleveurs souhaitant construire un bâtiment de ce type.

Les autres pratiques sur la ferme

Baptiste utilise de plus en plus la ressource fourragère issue des arbres (frênes principalement, mais aussi saules et peupliers) pour nourrir les vaches avec le feuillage lorsque l’herbe est trop sèche en été. Il récupère ensuite le bois pour le chauffage de sa maison. La manipulation de ces arbres est dangereuse. Le frêne en bord de parcelle permet particulièrement d’absorber l’eau. Baptiste envisage de replanter de plus en plus de frênes dans ses parcelles, en bord de parcelle ou sur les zones humides, pour que les arbres en bénéficient tout en assainissant le terrain. Il devrait ainsi garantir l’autonomie alimentaire du troupeau en été si les aléas climatiques futurs s’aggravent.

Baptiste et Cécile ont pour projet de finaliser les investissements du séchage de foin en grange avec souffleur et panier. Tout est presque prêt, il ne reste plus qu’un investissement en matériel (environ 4 000 €) pour finaliser l’installation. Avec la possibilité de sécher le fourrage en grange, le GAEC se dédouanera des conditions climatiques et renforcera encore l’autonomie alimentaire du troupeau grâce à l’amélioration de la qualité des fourrages. De plus l’air sec du territoire en été n’imposera pas l’installation d’un système de chauffage de l’air. De ce fait la consommation nouvelle d’énergie sera faible et concernera seulement le système de ventilation. En plus du foin, les vaches sont parfois nourries avec des écarts de tri et grains cassés de lentilles et de pois chiches provenant d’un producteur voisin. Le lait devient beaucoup plus riche durant l’utilisation de cette ration !

Baptiste et Cécile souhaitent rendre leurs bâtiments toujours plus performants pour pouvoir vendre à leur retraite un lieu de travail attractif et optimal. La visite s’est terminée dans la boutique, avec une dégustation de tomme et de gruyère pour alimenter les discussions qui se sont poursuivies.

Responsable du pôle Agro-environnement, Énergie, Climat. Il intègre Bio de Provence Alpes Côte d'Azur en 1999 comme responsable d’un projet de développement local dans le Parc Naturel Régional du Luberon. Il conduit des programmes sur l’agriculture biologique, l’eau, l’environnement et l’accompagnement à la conversion. Plus récemment, il était responsable du programme régional « AGIR - AGIR+ » sur le thème énergie et agriculture et élaborait des plans d’actions et dossiers de financement individuel pour les producteurs. Il animait et coordonnait le réseau de fermes en route vers l’exemplarité. Aujourd'hui il anime et coordonne des projets en lien avec la transition climatique tant sur la qualité de l'air, que la réduction de l'intensité énergétique ou encore le stockage carbone dans les sols agricoles.

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